Dans un match de football et de surcroît dans un classico, la bataille tactique entre les deux entraîneurs est aussi importance que celle opposant les vingt-deux acteurs sur le terrain. Dimanche soir, la victoire du PSG à Marseille incombe principalement à l’audace et l’intelligence de Paul Le Guen et aux erreurs en cascades de son homologue marseillais, Eric Gerets.
Dès l’annonce des compositions des deux équipes, on a pu se rendre compte que les rôles étaient inversés. Eric Gerets dont l’équipe évoluait au Vélodrome et qui, de plus, avait la possibilité rêvée de prendre la tête du classement, a choisi de modifier son schéma de jeu habituel (4-2-3-1) en alignant un étonnant 4-4-2 en losange avec le trio Kaboré, M’Bami et Cheyrou à la récupération et le petit Valbuena en meneur de jeu. Un choix surprenant de la part de l’entraîneur belge qui a ainsi choisi de se priver de deux joueurs à vocation offensive qui auraient pu faire la différence face à une défense parisienne loin d’être rassurante. Ces deux joueurs sont Ziani et surtout Ben Arfa. Les raisons de la mise sur le banc d’Hatem sont encore obscures mais une chose est sûre, Gerets a eu tort de se priver de l’ex-Lyonnais.
En face, Paul Le Guen, d’habitude si défensif dans le choix de son onze rentrant, surprend. En alignant un séduisant 4-3-3, le coach du PSG a misé sur l’effet de surprise. Un milieu de terrain avec un seul récupérateur, Makelélé, et deux meneurs de jeu, Rothen et Sessègnon, et un trident offensif Hoarau-Pancrate-Luyindula capable de prendre de vitesse n’importe quelle défense. Fallait le faire. Le Guen l’a fait et le moins qu’on puisse dire est que l’ex-entraîneur de l’OL a parfaitement réussi son coup. Bien aidé en cela par la forme olympique de Hoarau et la résurrection inattendue de Luyindula.
En écartant constamment le jeu sur les ailes, Paris a beaucoup gêné son adversaire, principalement Bonnart et Taiwo. L’absence de joueurs de couloirs offensifs du côté de l’OM a pénalisé le groupe et Gerets l’a évidemment remarqué. Or, au lieu d’y remédier, le coach marseillais a précipité le naufrage collectif de son équipe. En sortant Kaboré, le meilleur marseillais sur le terrain au profit de Samassa, Gerets a chamboulé l’organisation tactique de son équipe pour le plus grand bonheur des Parisiens. Koné est passé à droite, Niang à gauche et les travaux défensifs furent confiés à M’Bami et Cheyrou. Rothen et Sessègnon ont ainsi pu profiter de plus d’espace et le PSG a, à partir de ce moment, pris l’ascendant sur son adversaire. Le tournant du match dites-vous ? Les vingt dernières minutes ont confirmé cela. Marseille n’est plus aussi dangereux, le jeune Samassa a erré au milieu de la défense parisienne. Normal puisque le ballon n’arrive plus dans la surface de réparation du PSG. Le Guen a vu juste en alignant deux meneurs de jeu côte à côte et Gerets lui a facilité la tâche en sortant Kaboré.
La victoire du PSG est donc avant tout celle de Paul Le Guen. Décrié et très critiqué depuis sa nomination à la tête du PSG, le Breton a ainsi coulé le bec à ses détracteurs faisant preuve d’une culture tactique exceptionnelle. Il faut dire aussi que la forme du soir de ses joueurs l’a beaucoup aidé. On pense surtout à un Luyindula, étincelant, qui n’a plus joué à un tel niveau depuis son départ de Lyon.
Paris a confirmé face à Marseille qu’elle était une équipe de contre qui peinait à faire le jeu. Les Phocéens ont montré des limites inquiétantes où l’absence d’un Ben Arfa et d’un grand avant-centre, comme Cissé, leur a été fortement préjudiciable.
Nidhal JELASSI