Le football est-il en train de perdre son identité nationale ? Peut-on parler aujourd’hui distinctement de football anglais, italien, allemand ou français quand les frontières sont abolies et les joueurs attirés de plus en plus par les sirènes de l’argent. Sûrement non.
Dans ce contexte davantage libéral et financier que sportif, la FIFA craint que le foot ne perde son identité territoriale, que les sélections nationales ne trouvent plus de joueurs éligibles ! et que les grands clubs ne creusent davantage le fossé par rapport aux petits. La règle dite du 6+5, qui oblige une équipe à aligner au moins six joueurs de la nationalité du championnat disputé, a été certes approuvée lors du Congrès de la FIFA tenu les 29 et 30 mai dernier à Sidney, son application reste cependant problématique.
Des clubs cotés en bourse, changeant de propriétaires au gré des fortunes de magnats venus d’ailleurs, des joueurs recrutés à prix exorbitants, des émoluments de joueurs impressionnants quand ils ne sont pas irréels, dans le foot actuel l’argent est devenu un enjeu majeur sinon l’essence même du jeu. Les riches s’enrichissent, les pauvres s’appauvrissent, tel est le nouveau leitmotiv du football mondial. Libéralisme oblige.
Le risque est grand quand il n’est pas énorme. Au rythme avec lequel se passent les choses et s’accentue la tendance, l’on craint que des clubs disparaissent, incapables qu’ils sont de suivre cette spirale infernale. Que des clubs formateurs soient spoliés de gamins qu’ils ont quand même couvés parce que la loi du marché outrepasse toutes formes de protectionnisme, que des équipes soient contraintes de descendre en divisions inférieures parce que les résultats financiers sont jugés pas dans les normes, que des équipes tentent par tous les moyens de séduire des joueurs d’autres clubs, sans que ces derniers ne soient au courant, tout cela est sportivement incorrect, légalement discriminatoire.
L’Inter, Chelsea, Arsenal, Real Madrid, Bayern Munich, pour ne citer que ces grands clubs, peuvent se permettre sûrement toutes les folies sur le marché des transferts. Aligner onze étrangers dans l’équipe de départ ne pourrait en aucun cas les discréditer du moment que la loi ne l’a pas interdit.
Viendra-t-il le jour où la règle 6+5 entrera en vigueur ? Rien n’est moins sûr. Déposséder les riches d’un pouvoir qu’ils ont longuement entretenu serait s’attirer les foudres d’un lobby difficile à contrer. On pourrait certes, créer des commissions, se réunir à chaque congrès, approuver tel ou tel projet, tout cela est euphoniquement agréable. Passer à l’acte demeure hypothétique. Blatter, l’homme qui trône sur la plus puissante des instances internationales, ne saurait commettre un tel sacrilège. L’enjeu est de taille !
Chahir CHAKROUN