L’Espagne a remporté méritoirement l’EURO 2008 au terme d’un tournoi qu’elle a éclaboussé de sa technique. Maniant le ballon comme ils savent bien le faire depuis toujours, les Espagnols ont réussi cette fois, contrairement aux autres éditions, à doter leur jeu d’un surcroît de rigueur. Résultat : un titre de champion d’Europe qui a réconcilié le Vieux Continent avec le beau jeu.
L’EURO 2008 a vécu. Que peut-on retenir déjà de cette édition sachant que les observateurs appréhendaient sa réussite sportive. La raison, la période de la compétition ? Les Championnats européens venaient à peine de s’achever et les joueurs de rejoindre leurs sélections respectives, épuisés après une saison chargée.
En réalité, ces craintes se sont dissipées au fur et à mesure que le tournoi avance. Certes, des équipes ont plus souffert de la période de la compétition que d’autres, particulièrement celles dont les Championnats sont les plus relevés (Italie, France, Allemagne), les joueurs y évoluant étant les plus sollicités, mais dans l’ensemble l’EURO, organisé conjointement par l’Autriche et la Suisse, a enregistré un niveau technique appréciable même si les schémas tactiques n’ont pas connu d’évolution et les systèmes de jeu de changement.
De la déception de la France à la naiveté du Portugal
Les Bleus ont complètement raté leur tournoi : un nul sans gloire d’entrée face à la Roumanie, une raclée essuyée contre les Pays-Bas et enfin une défaite devant l’Italie, synonyme d’élimination. Au total, un point récolté en trois matches et un seul but marqué. Un maigre bilan pour les vice-champions du monde et pour leur mentor Domenech.
Au fait, qu’est-ce qui a failli dans cette équipe de France que les observateurs plaçaient pourtant parmi les favoris de la compétition à la veille du tournoi. Tout ou presque ! Des choix des joueurs, au management durant les matches, à la gestion du groupe, jusqu’au système de jeu et l’inflexibilité des schémas. En reconduisant la plupart des cadres de l’équipe vice-championne du monde, Domenech s’est trompé de stratégie et embourbé dans des certitudes qui s’avèreront par la suite toutes douteuses.
Erreur de casting de la part du sélectionneur de l’équipe de France. Sûrement. Thuram, Sagnol, Henry, Malouda ont passé plus de temps cette saison à voir évoluer leurs coéquipiers de clubs que disputer des matches officiels. Makelele, malgré un assez bon tournoi, n’a pas beaucoup pesé dans le milieu en l’absence du capitaine Vieira que les Bleus ont vainement attendu le rétablissement. Il ne fallait pas plus pour que l’édifice de 2006 ne s’effondre en l’absence de son maitre d’œuvre, Zidane en l’occurrence, dont l’équipe est restée orpheline depuis sa retraite.
Que dire du Portugal, si ce n’est que l’équipe de Felipe Scolari, malgré une constellation de stars, n’a pas réussi à passer outre le stade des quarts de finale. La raison. Une fébrilité défensive criarde. Pour attaquer, il faut savoir défendre, un principe que les Lusitaniens ont oublié dans leurs bagages, devant l’Allemagne principalement. A ce stade de la compétition, on ne peut pas pardonner de telles distractions.
La Russie et la Turquie…les belles surprises
Hiddinks et fatih Terim sont sûrement pour beaucoup dans la prestation et le parcours de leurs équipes respectives. Le premier, adepte du jeu tout en mouvement, a réussi à métamorphoser une équipe russe aux vertus physiques et athlétiques déjà bien établies. Le second a donné un cachet tout particulier à son équipe. Technique et combative à la fois et beaucoup de détermination de la part des joueurs. Des qualités qui ont permis aux Turcs d’atteindre le stade des demi-finales et surtout de redresser des situations bien compromises (victoire 3-2 face à la Tchéquie dans le dernier match de poule après avoir été menée au score 0-2).
La Russie et la Turquie ont été sans doute les agréables surprises de ce tournoi, même si les camarades d’Arshavin ont sombré devant les futurs vainqueurs du tournoi en demi- finale.
Une Italie un peu trop rigide et une Allemagne sans génie
Une qualification poussive au second tour et une élimination aux tirs au but en quarts contre les Espagnols, le parcours des Italiens n’a pas été, sommes-nous tentés de dire, à la hauteur de la réputation des champions du monde. La faute à un schéma qui privilégie la prudence souvent, l’attaque rarement. A Donadoni, on a reproché son coaching et son incapacité à changer d’options tactiques, trop souvent rigides. En l’absence de véritable créateur de jeu, La Squadra azzurra a payé cash la suspension de Pirlo en quarts de finale contre les Espagnols, le seul capable de donner le tempo à l’équipe.
Sans grand génie fut l’Allemagne lors de ce tournoi mais toujours aussi efficace et solide, des vertus qui ont permis à la Mannschaft d’atteindre la finale, perdue finalement contre des Espagnols supérieurs sur tous les plans. Il faut dire que la génération de joueurs qui composent l’équipe actuelle est dépourvue de grands talents, son seul maitre à jouer, Ballack, ayant alterné le bon et le moins bon. Il a passé à côté notamment en finale de l’épreuve. Ce ne sont finalement que les points de suture qu’il s’est fait faire sur l’arcade qui l’ont sorti de l’anonymat !
Chahir CHAKROUN