Raymond Domenech s'apprête à vivre demain une journée, sans doute la plus longue de sa carrière d'entraîneur, peut-être la moins agréable de sa vie d'homme. Et ce n'est pas tant l'attente du résultat qui pèsera sur lui qui va le mettre mal à l'aise. C'est davantage le sentiment qu'il rame à contre courant qui le guettera le long du match, une impression que même une victoire ne saurait aplatir. J'en suis persuadé.
Seul contre tout le monde, Domenech l'est devenu aujourd'hui plus qu'hier, certainement par défaut, parce que l'homme-comédien déplore un déficit de communication ! Bizarre. Offensif dans ses propos, Domenech devient comme par enchantement sage sur le terrain. Sur la défensive, sont ses conceptions du jeu, à partir desquelles se traduit inefficacement la disposition de ses joueurs sur le terrain.
Une tactique de jeu qui a failli pourtant lui valoir le titre de champion de monde en 2006. Sans cette diablesse de transversale qui a renvoyé le penalty de Trézéguet, Raymond Domenech serait devenu un dieu. Trézéguet sans doute plus aimable qu'il est devenu aujourd'hui méprisable aux yeux de quelqu'un. Mais le football est ainsi fait. Trézégol est frappé par la disgrâce. Quant à Raymond Domenech, on saura demain s'il est né ou non sous une bonne Estelle, pardon étoile !
Parce que demain, après le match contre la Serbie, Raymond peut redevenir un citoyen comme les autres. Le personnage public qu'il est continuera certainement à alimenter, pour un temps, les chroniques, la nôtre entre autres, les discussions et les réunions. Mais il finira inéluctablement par s'effacer au gré du temps. Roger Lemerre, hier en Tunisie, aujourd'hui au Maroc, a compris que l'équipe de France est une dramaturgie, que le terrain de jeu est une scène qu'il faut quitter à temps avant d'être saigné à blanc.
La FFF dans tout ça. Elle est là, partout, nulle part suis-je tenté de dire. Elle est plus passive dans la réaction qu'elle est prompte dans les réflexions. Une sorte d'entité sans identité. Le Conseil Fédéral une corporation de messieurs qui adhèrent au statu quo quand les avis divergent.
Avec tout ça, il ne reste qu'à espérer une convergence des avis pour qu'il y ait changement. Si bien que dans toute entité dépourvue d'identité, le changement se fait, le statu quo, lui, reste !
Chahir CHAKROUN